
Jalousie et Chatiment
1
Jean attendait sur le bord du trottoir. Nerveusement, il jetait des regards d'un côté puis de l'autre, pianotant du bout des doigts le revers de ses poches de jeans. Il n'y avait pas foule au Vieux-Port de Montréal aujourd'hui et encore moins autour du kiosque de la vieille femme où il s'était arrêté. Non pas qu'il se sentait coupable d'acheter quelque chose à la gitane, loin de là : quel conjoint n'avait jamais offert un bijou à sa copine après tout ?
Non, ce qui causait son agitation résidait davantage dans la raison de cette emplette impulsive. Depuis plusieurs semaines, il avait commencé à entrevoir des signes inquiétants chez Florence. Elle était de plus en plus absente ou scotchée sur son cellulaire, à écrire des messages qu'elle ne voulait pas qu'il voit. Si elle se montrait toujours aussi gentille qu'auparavant avec lui, il n'arrivait plus à trouver la même intimité qu'autrefois et plus souvent qu'autrement, il allait se coucher seul le soir, le cœur lourd.
Ces derniers jours avaient été plus pénibles, alors qu'il cherchait une façon d'ouvrir la discussion avec sa conjointe des dix dernières années sur ce qui leur arrivait présentement. Leur histoire risquait-elle de basculer ? Ou étaient-ils tellement plongés dans la routine qu'elle-même ne se rendait pas compte qu'elle mettait son homme de côté ?
Il fallait souligner le fait que Jean n'était pas d'un naturel jaloux. Il n'avait aucun problème que sa femme aille sortir dans les bars avec ses amis ou ses collègues. Mais depuis qu'elle avait commencé à prendre des cours de slackline avec son cher Antonio, Jean avait ressenti une ombre s'installer entre eux deux. Le professeur était bien mis de sa personne, en super forme et d'un charme désarmant alors que Jean... hé bien, s'il se défendait bien contre la moyenne des ours, il n'était clairement pas de calibre dans toutes les questions sportives.
Et comme Florence semblait s'être découverte une nouvelle passion pour ce loisir, les deux larrons passaient énormément de temps ensemble... trop au goût de Jean.
-Voilà... grinça la vieille femme gitane en se retournant vers lui, avec un accent français à couper au couteau. Je finis collier pour vous...
Elle tendit les bras au-delà du comptoir du kiosque et lui remit le petit pendentif et la chaîne en or. Elle venait de terminer la gravure sur le cœur et hocha la tête.
-Ça être puissante magie, monsieur... Pas utiliser à la légère, d'accord oui ?
Elle lui servit un regard sévère, pinçant les lèvres. L'homme baissa les yeux sur le bijou et serra le poing dessus. Il pouvait quasiment sentir la puissance irradier de la breloque et se força pour grimacer un sourire.
-Oui, je sais... Vous avez été très clair sur ce point.
La vieille scruta les environs et satisfaite de n'y trouver aucune oreille indiscrète à portée, se pencha vers Jean. Elle riva ses yeux aux siens.
-Parfois, savoir secrets amoureuse, pas bon pour tchava... encore pire pour romni ! Femme...
-Pardon, vous dites ? répliqua Jean en s'approchant.
La vieille femme leva les yeux au ciel.
-Tchava ! Pour l'homme ! caqueta-t-elle en ricanant.
Son sourire à demi édenté convainquit Jean de retraiter de quelques pas subtilement, histoire de ne pas hérisser la vendeuse. Il mit la main libre dans sa poche pour en retirer son portefeuille en acquiesçant sombrement.
-Ne vous inquiétez pas pour ça... Si tout va pour le mieux, je n'aurai fait que lui acheter un superbe bijou. Dans l'autre cas...
La femme croisa les bras, lorgnant les billets qui s'alignaient comme de braves petits soldats entre les doigts de son client. En règle générale, elle n'utilisait jamais son don pour confectionner de tels colliers, encore moins pour les gens qui ne savaient pas s'en servir. La magie gitane n'était pas à prendre à la légère et pouvait causer énormément de dégâts. Cependant, les temps étaient durs et toute oseille était bonne à prendre. Elle avait demandé un prix exorbitant à ce djivo, cet homme convaincu que sa femme le trompait et il n'avait rien demandé de plus qu'une gravure pour le personnaliser.
Au fond d'elle-même, elle ne réussit pas à trouver le moindre gramme de pitié pour lui. À son sens, tout homme incapable de trouver la vérité par ses propres moyens méritait son sort. Elle encaissa son dû, une somme pour le collier lui-même plus un surplus confortable pour le maléfice lancé sur l'objet. Plus rapidement qu'un prestidigitateur sur scène, elle fit disparaitre l'argent dans sa manche et sourit. Avec sa tignasse ébouriffée de crins gris, elle n'était pas loin de ressembler à une sorcière de contes de fée.
-Vous être satisfait, alors...
-J'imagine... répliqua l'homme. Je présume qu'au cas où ça ne marcherait pas, vous ne faites pas de remboursement ?
Son interlocutrice s'agita soudainement, éclatant de rire. Ça produisait un son rocailleux, comme une pierre dégringolant une falaise...
-Ni'm mour leva ! s'exclama-t-elle, au comble de l'hilarité. Jamais de ma vie ! Magie créée pour vous ! Reprendre voudrait dire malheur sur moi et famille ! Restez assuré, monsieur : collier efficace !
-Je n'ai qu'à lui mettre le collier et c'est tout ?
Il fronça les sourcils, ouvrant les doigts pour observer de plus près le pendentif en forme de cœur. Il ne présentait aucun détail particulier, outre la phrase qu'il avait demandé de graver : ''À toi, pour Toujours''.
-Ova... oui...
-Et qu'est-ce qui est supposé se passer ? questionna encore Jean. Si elle voit quelqu'un d'autre, il va se mettre à briller ou un truc du genre ?
La vieille femme se fendit d'un sourire carnassier, plissant les paupières. Jean n'aurait pas pu jurer qu'à cet instant, la température autour d'eux n'avait pas baissé de quelques degrés. Ou alors, le bijou absorbait peut-être la chaleur autour d'eux.
-Vous croire, tchava... Si femme infidèle, pas difficile de s'apercevoir...
2
Florence descendit de l'estrade, en sueur. Ils s'entraînaient depuis quelques heures et elle n'avait pas l'impression de réellement faire d'amélioration. Elle qui tirait d'ordinaire une grande satisfaction à tirer son épingle du jeu dans tout ce qu'elle entreprenait, ses nombreux échecs dans cette discipline avait de quoi la rendre furieuse.
Elle avança la lèvre inférieure pour souffler une mèche rebelle qui s'était aventurée devant ses yeux. Quelques cheveux s'étaient échappés de sa queue-de-cheval rousse et elle s'arrêta le temps de réajuster le tout.
Tout autour d'eux, dans le petit gymnase, de nombreux autres amateurs s'escrimaient à garder l'équilibre sur le mince fil tendu. Si certains pouvaient se flatter de pouvoir demeurer en place, la majorité finissait la course sur le tapis au sol, cul par-dessus tête.
Antonio arriva derrière elle en riant doucement. Dans un mouvement rendu machinal par l'habitude, il passa son bras autour de sa taille pour l'attirer à lui.
-Relax, tu sembles sur le point de vouloir manger l'élastique pour lui faire payer toutes tes chutes d'aujourd'hui... Si je t'ai pas dit mille fois qu'il fallait mettre ton ego de côté et aborder l'activité avec une attitude de lâcher-prise, c'est que je ne te l'ai pas dit une fois !
Elle gloussa avant de se défaire de sa poigne, finissant de se recoiffer.
-C'est ça... je ne suis pas le genre à baisser les bras, mais sans faire de mauvais jeu de mot, cet exercice me donne du fil à retordre.
-Ça viendra... pas de stress ! assura l'homme en se collant de nouveau. Tu as réfléchi à ma proposition ?
La femme roula des yeux en rougissant violemment. Heureusement, les autres participants étaient fort occupés sur leur propre ligne et ne prêtaient pas attention à leur conversation. Elle perdit son sourire en fronçant les sourcils, soupirant.
-Je t'ai demandé de ne pas m'en parler en public, murmura-t-elle rapidement. Imagine que mon mari finisse par savoir que tu me fais des avances ! Pire : qu'on a couché ensemble une fois. Déjà que je sais qu'il se doute de quelque chose... Je n'ai pas envie de tout saboter pour une histoire d'un soir !
L'homme accusa le coup, feignant d'être blessé dans son orgueil. Il l'attira un peu à l'écart, les mains sur les hanches.
-Une histoire d'un soir ? répéta-t-il tout bas, vexé. Parce que c'était tout ce que c'était pour toi ? Ça fait bien deux semaines qu'on s'est envoyés en l'air et j'attends autant que toi la prochaine occasion ! Ce n'est pas moi qui envoie des textos enflammés jusqu'à tard dans la nuit !
-Ça va, ça va ! tempéra Florence, posant sa main sur l'épaule d'Antonio pour l'encourager à se calmer.
La dernière chose qu'elle désirait, c'était de devoir affronter une scène d'un amoureux déçu dans ses sentiments en pleine foule. Elle ne connaissait pas personnellement toutes les personnes qui se trouvaient dans le gymnase, mais à l'idée de sa vie privée déballée au grand jour, elle se sentait prise de panique.
-Je n'ai pas fini, continua Antonio, brandissant un index autoritaire. Que ton mari le découvre ne serait peut-être pas la pire des choses qui puisse t'arriver, figure toi ! Tu es malheureuse dans ce couple, c'est toi-même qui me l'as dit...
Florence baissa les yeux, portant la main à sa tempe. La migraine qui s'annonçait promettait d'être phénoménale. Elle qui n'avait voulu qu'une évasion coquine, dans les bras d'un autre homme que celui avec qui elle partageait sa vie depuis de si nombreuses années, voilà qu'elle se retrouvait coincée avec les conséquences. Mais les choses avaient pris un tournant trop sérieux à son goût et même si la routine établie avec Jean commençait à lui peser, elle n'était pas prête à tirer un trait définitif sur lui. Après tout, c'était un bon gars qui méritait beaucoup mieux que de se faire jouer dans le dos. Cependant, si elle ne voulait pas poursuivre l'expérience avec Antonio, lui ne l'entendait pas de cette oreille.
-Écoute... commença-t-elle.
Mais Antonio la coupa.
-C'est toi qui va m'écouter. Je ne suis pas une feignasse comme ton mari ! Je sais ce que je veux et je n'ai pas l'intention de me faire retourner comme un malpropre.
Il prit le temps de s'assurer que personne ne les regardait avant d'approcher sa bouche de l'oreille de Florence qui frissonna malgré elle.
-Demain, tu passes chez moi... pour des cours privés. On est plus que dûs pour une leçon corps à corps...
-Je... non, c'est pas une bonne idée, Anto...
L'homme l'agrippa par le bras, rivant ses yeux aux siens. La femme gémit de douleur, la poigne était solide et compressait ses biceps.
-Ce n'était pas une requête, Flo... gronda-t-il. Trouve une raison... démène-toi... si tu n'es pas chez moi à 21 heures demain, j'irai moi-même trouver ton cher petit mari pour lui raconter toute l'histoire. Et après, on verra comment tu t'en sors.
Elle essaya de se dégager, sentant le sang lui monter aux joues. Irritée de se faire intimider de la sorte, elle se hérissa.
-Tu fais du chantage, maintenant ? siffla-t-elle.
Antonio la relâcha en haussant les épaules.
-Parfois, certaines personnes ont besoin d'un coup de pouce pour prendre des décisions importantes dans leur vie. Maintenant, tu me haïs peut-être, mais plus tard, tu me remercieras ! Je n'accepterai pas éternellement de jouer les seconds violons, Flo. Demain, tu décides avec qui tu veux passer le reste de ta vie.
Il lui décocha un clin d'œil salace avant de la laisser en plan, seule avec elle-même.
-N'oublie pas ça en venant ! lui rappela-t-il d'une voix plus forte, sans se retourner.
3
Jean avait décidé d'organiser le souper spécialement pour sa femme, dans le but de créer la meilleure ambiance possible pour lui offrir le collier. Jusqu'à présent, la stratégie semblait porter ses fruits, puisque Florence n'avait pas consulté son téléphone une seule fois. Plus incroyable encore, l'appareil n'était nulle part en vue...
Elle restait là, son verre de vin à la main, en train de le regarder cuisiner, bavardant et riant comme dans le temps. Il avait beau se creuser la tête, il lui était difficile de se remémorer la dernière occasion où ils avaient profité d'un repas ensemble sans qu'un écran ne vienne s'immiscer entre eux deux.
Elle lui apparaissait plus détendue, souriante et attentionnée, ce qui n'était pas pour lui déplaire ! Après toutes les soirées assombries par de mauvaises pensées à ressasser encore et encore les mêmes doutes, ces quelques moments passés en bonne compagnie avec sa Florence représentaient un cadeau inespéré.
Autant une partie de lui voulait croire que les choses allaient finalement peut-être s'améliorer d'elles-mêmes et qu'il avait dramatisé la situation, autant ce sentiment de jalousie qui le corrodait désormais de l'intérieur lui susurrait à l'oreille qu'il ne devait pas se laisser berner aussi facilement par cette mascarade. Il ressentait un réel inconfort à utiliser le stratagème de la vielle gitane, dans sa quête de vérité, mais d'un autre côté, cette impression de vivre auprès d'une conjointe qu'il ne reconnaissait plus et ce, depuis quelques semaines, ça usait son moral au point de friser la dépression.
Il n'était pas dépendant affectif, mais de se voir ignorer la plupart du temps, reléguer au rang de figurant au bénéfice d'un cellulaire, ça vous changeait drastiquement une perspective de vue. Pour l'avenir de son couple comme pour sa santé mentale, il se devait d'aller jusqu'au bout. Il assumerait les conséquences de son geste. Si ses pires craintes s'avéraient fondées, il réagirait en gentleman. Sinon, hé bien... il aurait toujours le temps de s'excuser auprès de Florence, en espérant qu'elle saisisse son désarroi.
Il avait résolu de lui offrir le bijou à la fin de la soirée. Peut-être même serait-elle tellement conquise par ce cadeau inattendu que sa bonne humeur renouvelée perdurerait quelques jours supplémentaires ? Que le cellulaire et ses messages personnels resterait sur la table de chevet, bien loin de leur petite - et si agréable, somme toute - routine. Il n'aspirait qu'à retrouver cette complicité si chère à ses yeux avec sa conjointe.
Pour le meilleur ou le pire, il aurait réponse à ses questions.
Il n'avait aucune idée du fonctionnement du bijou, encore moins du comment il lui ferait savoir si sa femme lui était infidèle ou non. La vieille gitane n'avait jamais voulu lui répondre, se refermant comme une huître et lui donnant du tchava à souhait. La réputation que ces gens traînaient avec eux l'avait dissuadé de la harceler davantage. Elle avait ricané devant lui, jusqu'à s'étouffer et il avait tourné les talons en fulminant. Il s'en rendrait compte par lui-même, tout simplement.
Après tout, ce n'était pas comme s'il avait l'intention de la tuer !
Il lui servit son fameux bœuf bourguignon avec une crème brûlée en dessert. À la française, comme elle l'appréciait, tout en s'assurant que leurs verres de vin ne fussent jamais vides. Ce fut, et de loin, leur meilleure soirée depuis des lustres et lorsque l'horloge murale indiquait minuit, Jean sentit un pincement au cœur en s'apercevant que s'il voulait mener à terme son plan, il devait agir sur-le-champ.
-J'ai encore une surprise pour toi ! lança-t-il en desservant la table.
Il lui prit son assiette alors qu'elle roulait des yeux doux, portant la coupe de vin à ses lèvres.
-Ma foi, je ne sais pas quelle mouche t'a piqué, mais j'espère qu'elle repassera souvent ! gloussa-t-elle avec un clin d'œil. C'est moi ou on vient d'entamer une deuxième bouteille ?
Jean déposa la vaisselle dans l'évier et vérifia le niveau des stocks.
-Heu... je dirais plutôt qu'on vient de la finir, ricana-t-il. On a à peine eu le temps de goûter, j'ai l'impression !
La femme haussa les épaules avec une joyeuse insouciance, lui décochant un clin d'œil complice.
-Il m'en reste encore... si tu es sage, je t'en garderai peut-être une gorgée !
-Pas avant que tu aies déballé mon cadeau ! lança-t-il en attrapant la boîte achetée le jour même, agrémentée d'une boucle dorée.
Il n'avait pu se résoudre à faire apparaître le bijou sans emballage. Toutes les boutiques offraient des contenus pour les parures et il avait magasiné l'écrin idéal, ni trop chic, ni trop bon marché. En s'approchant, il ressentit une vague de culpabilité, sachant très bien que ce qu'il s'apprêtait à faire était loin d'être moral. Elle lui accordait sa confiance, le complimentait sur sa cuisine et lui, lui passerait un maléfice au cou avec un grand sourire.
Ses doigts se crispèrent sur le contenant et son visage se figea, alors qu'il avait un dernier remords qui bataillait ferme dans son esprit pour qu'il abandonne cette idée. Ce fut Florence qui scella son destin en s'emparant de la boîte, avec un regard aguicheur.
-Ooh ! Monsieur se permet des folies en plus ! J'en connais un qui travaille fort pour gagner des points auprès de sa belle ! s'exclama-t-elle en riant.
Elle retourna l'emballage dans tous les sens et le porta à ses oreilles en le secouant, tirant la langue sans même s'en rendre compte. Il esquissa un sourire ravi en voyant cette mimique qu'il trouvait si adorable. Il reprit sa place à la table, expirant longuement.
''Voilà, c'est parti'' pensa-t-il, son cœur battant la chamade.
Florence déballa sans attendre, enlevant avec délicatesse la boucle pour la coller sur sa coupe à moitié pleine. Elle leva des yeux, remplis d'étincelles, un instant sur Jean avant d'ouvrir posément l'écrin. Découvrant le magnifique collier rehaussé d'une breloque en forme de cœur en or, elle se cacha la bouche de la main.
-Oh mon Dieu ! Jean !
-Tu l'aimes ? s'enquit-il nerveusement.
Elle redressa le menton.
-Tu veux rire ? Je l'adore ! C'est du vrai... ?
L'homme acquiesça.
-De l'or, oui. Rien que le meilleur pour la meilleure, tu sais comment je pense !
La femme secoua la tête.
-Mais ça a dû te coûter une petite fortune, enfin !
Jean balaya l'air de la main, soudainement attiré par un point dans le coin de la pièce. Il se sentait heureux de lui plaire, mais connaissant le secret du collier, il ne pourrait être totalement réjoui qu'elle l'apprécie autant. Si elle en avait horreur, ils l'auraient simplement mis de côté et l'histoire aurait été réglée. Mais désormais, même s'il préférait rebrousser chemin, elle saurait qu'il y avait anguille sous roche.
-Tu veux bien me le mettre ? demanda-t-elle, prenant la chaîne entre le pouce et l'index et le levant à hauteur des yeux pour mieux l'admirer.
L'homme hocha la tête sans parler. Il quitta sa chaise et passa derrière elle, récupérant le bijou au creux de sa paume. Il sentait encore la chaleur émaner de l'objet et se demanda si Florence l'avait perçu également. Était-il possible qu'il soit le seul à éprouver cette énergie qui irradiait ? Allait-il réellement habiller sa conjointe de cette breloque enchantée par une gitane ?
-Alors ? le taquina gentiment Florence, baissant la tête pour lui permettre d'opérer. Tu ne trouves pas le fermoir ou quoi ?
Pinçant les lèvres, il s'exécuta rapidement, pour la plus grande joie de la femme qui attrapa le petit cœur pour mieux l'examiner.
-À toi, pour toujours ? C'est vraiment mignon ! approuva-t-elle alors que Jean revenait à ses côtés.
Elle s'empara de sa main avant qu'il ne se rassoie et la porta à ses lèvres. Jean se retourna, perplexe. S'attendait-il à recevoir un message divin directement du collier ou un signe incroyable, il ne le savait pas vraiment... Il n'eut droit qu'à une œillade appuyée et langoureuse de sa femme. Le temps sembla s'arrêter à cet instant et les deux amoureux finirent par décider d'un commun accord, sans échanger la moindre parole, que le repas était terminé.
Ils passèrent à la chambre à coucher, abandonnant avec fièvre morceau de vêtement après morceau, formant une piste facile à suivre vers le lit conjugal. Ils firent l'amour ce soir-là, sans réfléchir, profitant du moment. S'ils avaient su les pensées qui flottait à la surface de leur esprit respectif durant cette étreinte enflammée, nul doute que la passion se serait envolée en un claquement de doigt.
Pendant que Jean n'arrivait pas à détacher son regard du pendentif qui se balançait entre les seins de Florence, la femme, quant à elle, s'efforçait d'ignorer que le lendemain, elle devrait faire face à son amant. Si cette soirée avait été importante pour Jean, pour Florence ça avait été comme une redécouverte. Une révélation de la chance qu'elle avait de partager sa vie avec un homme aussi attentionné avec elle.
Alors qu'elle se laissait gagner par la volupté des caresses de son époux, elle comprit qu'elle devrait couper les ponts avec Antonio. Elle avait tout ce dont elle avait besoin ici même. Et si elle s'était réellement sentie malheureuse dans ce couple, ce serait à elle de le faire savoir à Jean pour qu'ils règlent la question, ensemble, comme ils l'avaient toujours fait par le passé.
4
Jean n'avait pas été surpris lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle avait besoin de la soirée le lendemain. Si la veille lui avait apporté une tonne de bonheur et assoupli son humeur, elle n'avait pu s'empêcher de remarquer la lueur de déception dans ses yeux. Comme si pour lui, ce qui s'était passé hier, les efforts qu'il avait mis pour la faire sourire à bavarder et à cuisiner, sans oublier le cadeau offert n'avaient été qu'un coup d'épée dans l'eau.
Elle s'était empressée de le rassurer : ce merveilleux moment avait justement ouvert les yeux de la femme et lui avait démontré qu'elle ne pouvait se plaindre de sa situation. Enfin, oui, elle pouvait avoir des remontrances à faire ou demander des changements sur des détails qui l'emmerdaient, mais ce n'était rien de dramatique. Rien qui justifiait la conduite qu'elle avait eu à son égard depuis trop longtemps.
Aussi, elle lui avait fait comprendre que cette sortie serait la dernière, en ce qui avait trait aux cours de slackline. Au début, il avait balbutié qu'il ne désirait pas l'empêcher de faire du sport, mais Florence songeait bien davantage qu'en coupant le lien avec le gymnase, elle n'aurait plus à croiser Antonio et sa déplaisante arrogance de sitôt.
Cette discussion avec Jean avait eu lieu en matinée, après qu'ils se soient réveillés dans les bras l'un de l'autre. Elle avait ressenti une sérénité complète et totale à cet instant, un sentiment que même son amant n'avait pu lui faire vivre.
Alors que 21 heures approchait, elle gara sa voiture en face de la maison d'Antonio, bien résolue à lui faire comprendre que leur histoire se terminait pour de bon. Ils avaient connu de bons moments, elle ne le nierait pas, mais son destin n'était pas lié à celui de cet homme. Elle en avait d'ores et déjà un qui l'attendait chez elle.
En refermant sa portière, elle porta la main à sa gorge, pinçant le collier entre le pouce et l'index. Devait-elle l'enlever pour éviter de provoquer l'ire d'Antonio ? À la lumière des lampadaires, il resplendissait de mille feux, semblant absorber la clarté. Soupirant, elle laissa retomber ses doigts.
Non. Elle n'aurait pas honte que son conjoint la gâte. Ce soir, elle reprendrait sa vie de couple en main et ne s'y ferait plus reprendre.
Hochant la tête, les idées plus en place, elle remonta l'allée qui menait à la porte d'entrée. De chaque côté, la pelouse soigneusement entretenue témoignait du sens du détail d'Antonio. La devanture en pierre sombre, aux couleurs parfaitement agencées avec la paire de colonne gardant l'entrée, ajoutait au charme de l'endroit.
Ce n'était pas la première fois qu'elle se présentait ici et la finesse de la décoration ne l'émeut pas. Les lèvres pincées et le cœur s'emballant tranquillement, elle cogna doucement pour signaler sa présence. Elle n'eut pas à attendre longtemps avant que le propriétaire n'ouvre, s'appuyant nonchalamment contre le cadre, la détaillant sans gêne des pieds à la tête.
-Hé bien, hé bien, hé bien... ricana-t-il. Regardez ce que la tempête a ramené...
Il secoua la tête.
-J'avais fini par croire que tu ne te présenterais pas, tu sais !
-Ouais... Il faut qu'on discute !
L'homme eut un spasme d'ironie.
-Tu parles ! Mais entre donc, tu ne vas pas rester planté comme une tulipe sur mon paillasson quand même !
Inspirant, Florence prit son courage à deux mains et avança, doublant Antonio qui en profita pour humer le parfum de ses cheveux au passage. Elle ferma les yeux, ne relevant pas le geste. Elle fronça plutôt les sourcils, détectant une odeur plus particulière.
-Mais ton haleine... tu as bu ou quoi ?
Antonio referma la porte, prenant la peine de verrouiller en gloussant.
-J'avais prévu une bonne bouteille... mais à force de poireauter, j'ai décidé de l'entamer sans toi. La bonne nouvelle maintenant, c'est qu'on va pouvoir passer directement au dessert, pas vrai ?
Elle recula de deux pas, croisant les bras, tentant de son mieux de prendre un air autoritaire.
-Je ne suis pas là pour ça... Je pense que tu vas pouvoir vider le reste à ma santé.
L'homme stoppa net, un rictus amusé figé sur ses lèvres. Ses yeux dérivèrent sur son corset et de fait, jusqu'au bijou doré.
-Voyez-vous ça ?
-J'arrête... annonça-t-elle simplement, ne remarquant pas le regard marqué sur sa personne. Je ne suis peut-être pas heureuse à temps plein avec Jean, mais je l'aime et c'est à moi de faire des efforts pour que ça fonctionne et si...
-C'est lui qui t'a offert ce bijou ? la coupa-t-il.
Elle décroisa les bras, baissant le menton.
-En effet, hier soir...
Elle ne vit jamais venir le coup, mais l'instant d'après elle ressentait le contact rude et froid du plancher contre son corps, la bouche emplie d'un goût cuivré. Elle n'avait même pas eu le réflexe de crier, tandis qu'une vague de chaleur envahissait entièrement sa joue gauche. De ce côté-là, ce n'était plus qu'une explosion de lumière à travers laquelle elle apercevait le monde extérieur en flou. Florence ouvrit et referma les mâchoires sans s'en rendre compte, essayant de comprendre ce qui venait de se produire.
De très haut et, lui sembla-t-il, de très loin, une voix hargneuse lui parvint.
-Qu'est-ce que je t'ai dit hier, ma belle ? Parfois, certaines personnes ont besoin d'un coup de pouce pour prendre des décisions importantes dans leur vie. Putain, je croyais pas devoir en arriver là avec toi, mais il est hors de question que tu me jettes comme un vieux bas sale ! Je me suis engagé avec toi et...
Une main puissante agrippa son épaule, l'empêchant de bouger.
-... d'une façon ou d'une autre, tu vas me respecter !
Il la redressa brutalement, provoquant un désagréable étourdissement chez Florence qui tangua légèrement, encore sous le choc. Elle n'aurait jamais pu soupçonner qu'il avait une telle force et qu'il s'en servirait contre elle. Il la prit dans ses bras et fit passer le haut de son corps par-dessus l'épaule, l'emportant avec lui plus loin dans la demeure.
-Alors, comme ça... Monsieur le cocu s'endette à vouloir te couvrir de babioles ! se moqua Antonio, prenant la direction de sa chambre à coucher. Que c'est mignon ! Cet imbécile n'est même pas capable de s'apercevoir que sa poule est en train de visiter les autres basse-cours !
Sans ménagement, pendant qu'elle reprenait ses esprits, il la fit chuter sur le lit. Elle glapit sa surprise, se retenant aux couvertures des deux mains pour ne pas glisser.
-Je t'ai averti, Flo... Si tu me décevais, j'allais faire de ta vie un enfer. Je me ferais une joie de lui raconter par le détail nos petites aventures sous la couette sans parler des messages qu'on s'est envoyés durant tout ce temps... Comment tu penses qu'il réagirait, hein ?
Après la commotion subie par la gifle retentissante, la tête de Florence s'éclaircissait et des larmes commençaient à perler aux coins de ses paupières.
-Pourquoi tu ferais ça ? Juste pour me faire du mal ? On a eu du bon temps ensemble, mais maintenant, c'est terminé. Si tu m'as vraiment aimé, tu ne devrais pas chercher à me détruire comme ça !
Antonio la considéra un instant, soufflant comme un taureau après l'effort fourni. La lumière n'était pas allumée dans la pièce et seule sa silhouette se détachait en contre-jour, grâce aux lampes du couloir. Elle n'arrivait donc pas à déchiffrer son expression, mais ne s'attendait pas à ce qu'il la libère en demandant pardon. Elle s'était mise dans de sales draps, sans mauvais jeu de mots.
-Tu sais quoi... commença l'homme d'une voix suave. T'as pas totalement tort. J'ai été suffisamment gentil avec toi pour essayer de t'ouvrir les yeux, mais j'ai d'autres chats à fouetter. La vérité, c'est que j'ai pas besoin de toi, y'a des tas de filles dehors qui sont prêtes à se jeter à mes genoux, que ce soit au gym ou ailleurs...
Elle sentit une bouffée d'espoir à ces propos. Cependant, elle redoutait la suite. Quand on recevait une fleur, il fallait s'attendre à recevoir un pot en prime.
-Je vais te laisser tranquille... continua-t-il, s'approchant d'un pas.
Il leva un bras, tendant l'index.
-Mais avant... je veux qu'on baise une dernière fois ensemble.
-Quoi ?
-Allons, histoire de boucler la boucle. Clore le chapitre. Tu n'iras pas jusqu'à prétendre que j'en demande tellement, je veux dire ce n'est pas comme si tu n'y avais pas pris goût les autres fois d'avant !
Elle sécha ses larmes du revers de la main, les idées se bousculant dans sa tête. Jamais elle n'avait envisagé qu'il irait jusque-là... Oui, elle avait prévu une sainte colère ou une crise de larmes, des grincements de dents ou de se faire claquer la porte au nez. Mais devoir coucher avec lui, après qu'elle ait décidé de reprendre sa vie en main ?
-Alors, t'en dis quoi ? pressa Antonio, lui envoyant un relent d'haleine aviné. Un dernier rodéo et t'entendras plus jamais parler de moi.
Florence ferma les yeux, crispant les mâchoires. Sa joue lui brûlait toujours, la dissuadant de se lever et d'affronter l'homme sur son terrain. Elle n'était certainement pas de taille à lutter avec lui. Elle jaugea la distance vers la sortie et soupira, sachant fort bien que c'était trop loin. Il aurait eu tôt fait de l'intercepter en pleine course et à ce moment-là, qui savait dans quelle prédisposition il se retrouverait alors ? Si elle devait en passer par-là pour se débarrasser de lui, pour s'assurer de garder son couple intact et recommencer à vivre comme avant, qu'il en fut ainsi. Elle déglutit.
-C'est d'accord... répondit-elle faiblement, une larme dégringolant sa joue en feu.
-J'ai pas entendu ? siffla Antonio en portant la main à son oreille.
À son ton, elle aurait pu jurer qu'il prenait son pied. Et pourquoi pas, d'ailleurs : elle commençait à découvrir cette facette de dominateur cinglé chez lui et se félicitait d'en avoir fini après ce soir avec lui, même si ce devrait se passer de façon aussi ignoble.
-J'ai dit que j'étais d'accord.... répliqua-t-elle, un peu plus fort.
Il croisa les bras.
-Voilà que tu te montres plus raisonnable. Enlève-moi tout ça... Plus tôt tu seras partie et plus rapidement, je pourrai faire... mon deuil, ricana-t-il.
Elle accusa le coup, sentant son cœur se serrer. Elle passait littéralement pour une prostituée à ses yeux, mais elle n'avait plus énormément d'options désormais. Elle s'exécuta donc, rapidement pour en finir au plus vite. Elle se rassit, nue comme un ver devant lui et il désigna son cou.
-Ça aussi... il est hors de question que tu gardes ça, merde... ça ferait mauvais goût quand même !
Elle pinça les lèvres, montant les mains à sa nuque. Elle tritura la chaîne, cherchant le fermoir, mais ne le trouva pas. Elle glissa ses doigts le long du collier, perplexe, mais elle ne dénicha aucune trace du mécanisme. Florence le suivit jusqu'au pendentif, de chaque côté, sans tomber dessus.
-C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? gronda Antonio.
-Il n'y a pas... pas de fermoir... articula Florence, fronçant les sourcils.
Pourtant la veille, elle en avait bel et bien vu un... Jean l'avait déverrouillé avant de le lui passer au cou. Elle effleura de nouveau le bijou, reprenant ses recherches. Mais l'homme ne l'entendait pas de cet avis.
-C'est comme tu veux, Flo... Si tu veux le garder, j'en ai rien à battre de toute manière. Maintenant, monte sur ce lit et tourne-toi, les mains sur la couette.
Elle ne l'entendit pas au premier coup, encore intriguée par le collier. Sifflant entre ses dents, Antonio tendit la main, refermant sa poigne sur le menton de la femme pour la forcer à l'écouter.
-T'es sourde ? lança-t-il. Tu veux sortir d'ici ou passer la nuit ? Retourne-toi bon sang ! Et gaffe aux mouvements brusques, ma belle ! Je suis sympa, mais j'ai mes limites !
Ravalant sa fierté, elle se mit en position, fermant les yeux. Ce ne serait qu'un mauvais, un très mauvais moment à passer... Elle qui avait voulu connaître les délices et les frissons d'une vie extra-conjugale, voilà qu'elle était servie sur un plateau. Contrairement à toutes les belles histoires qu'elle avait entendu ou lu sur le sujet, elle ne sentait ni choyée, ni comblée par cet homme qui s'apprêtait ni plus ni moins à la violer.
Elle l'entendit se dévêtir à son tour, son souffle devenant soudainement plus rauque et plus profond. Florence sentit une pression peser sur son cœur, espérant qu'il finirait rapidement et qu'elle pourrait enterrer définitivement cet épisode dans un recoin de son esprit à tout jamais.
Au moment où les mains chaudes d'Antonio venaient s'échouer sur la peau tendre de ses fesses, la respiration de la femme devint laborieuse et elle s'écroula vers l'avant. L'homme jura.
-Si t'essaies de te dérober, je peux te jurer que ça va seulement être pire ! ragea-t-il, la forçant à se retourner sur le dos.
Florence n'offrit aucune résistance, n'émettant qu'un croassement sec et portant les doigts à sa gorge. Antonio siffla entre ses dents, allant ouvrir la lumière du plafonnier.
-Sérieusement, si tu te conduisais en adulte responsable, tu nous rendrais un énorme service à tous les...
Lorsque la pièce fut éclairée, il ne put finir sa phrase, prit de cours. Florence se débattait dans son lit, roulant d'un côté et de l'autre. Il fondit sur elle, seulement drapé de sa pudeur, cherchant des yeux le problème. Avait-elle omis de lui signaler qu'elle était épileptique ou quoi ? Déjà, ses joues commençaient à prendre une vilaine teinte foncée. Ses lèvres s'ouvraient et se fermaient sans émettre le moindre son, totalement bleuies. Ses globes oculaires s'affolaient dans leurs orbites, en quête d'un secours providentiel.
Descendant son attention, Antonio vit qu'elle tirait avec vigueur sur la chaînette en or, agrémenté de son petit cœur gravé, qui entravait sa respiration, étouffant son cou.
-Mais putain, à quoi tu joues ? s'énerva-t-il.
Il attrapa ses doigts qui retenait le bijou et les força, un à un, à lâcher prise. Cette folle essayait de se faire du mal sous son toit ! Il n'en revenait tout simplement pas ! Ensuite elle aurait été voir les policiers pour se plaindre d'agression ? Et puis quoi encore ?
Il défit la poigne de Florence sur le collier, s'apprêtant à dégager le filin d'or qui causait préjudice. Mais au moment où il réussit à arracher le pouce, dernier bastion de résistance de la femme, de son perchoir, non seulement la chaîne ne se détendit pas, mais elle mordit la chair de plus belle, comme mue par une vie propre.
Surpris, Antonio se redressa, médusé. La femme se cabra sous lui, le prenant de cours. Il tomba à moitié sur le sol, gardant un bras sur la couette, mais un genou au sol en grimaçant. Le bijou cisaillait maintenant la gorge de Florence, agissant tel un garrot. Un filet de sang apparut bientôt tout le pourtour du cou, venant souiller le drap sous Florence.
Sentant la panique le gagner, Antonio tenta de dégager l'accessoire meurtrier, mais ses doigts ne rencontrèrent que les lèvres de la plaie, se couvrant de sang à force de retrouver l'objet. Florence lança un bras dans sa direction, le griffant méchamment à l'avant-bras au passage et crispa ses muscles, refermant sa poigne sur son poignet. Son visage virait au noir et ses pupilles étaient injectées de sang également.
-C'est du délire ! pleurnicha l'homme, perdant son contrôle. C'est de la pire connerie tout ça !
Il tira pour se dégager de l'étreinte et hurla quand les ongles pénétrèrent son épiderme, créant une série de sillons sanguinolents. Il recula jusqu'au mur du fond, le dos bien appuyé et finit par se laisser glisser. Florence se débattait de moins en moins maintenant alors que les couvertures devenaient écarlates. Elle eut quelques soubresauts, certains plus violents que d'autres, avant de se figer complètement.
Antonio se couvrit la bouche de ses deux mains, se barbouillant du même coup d'hémoglobine du menton jusqu'à la base du nez. Il n'arrivait pas à en croire ses yeux : la femme qu'il allait se taper venait de mourir directement devant lui, sans qu'il puisse quoi que ce fût pour lui venir en aide ! Étouffée à mort par un foutu collier en or ! Cadeau du mari en plus ! Sacré cadeau plutôt !
Il allait tenter de se relever malgré ses tremblements - fallait devoir appeler les flics, il n'y couperait pas ! - quand un bruit sec le fit se rassir lourdement. Sur le lit, la blessure au cou de Florence sembla hoqueter, projetant une bulle de sang dans la pièce. Ensuite, la tête entière roula mollement sur le côté, avant de dégringoler sur le plancher comme une boule de bowling.
Antonio s'évanouit à cet instant. Pour lui, l'homme puissant, c'était juste trop d'un coup. Comme il s'enfonçait dans les brumes de l'inconscience, il entendit très clairement le caquètement amusé et froid d'une vielle femme.